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22/06/2015

Dimanche 28 juin // 2 RDV clôturant la saison (2014/2015) !

* 20h - the Funky Soul story #100 avec Duke Ellington & Count Basie, Dj Premier (feat Nas, Krs-One & Rakim) vs The Jackson 5 vs Erykah Badu & The Roots, Herbie Hancock, la découverte de la l'album 'Time' du bluesman Big Daddy Wilson...

* 21h - The Black Sunday Live #18 avec The Four Tops et leur live de 1966 à Detroit.


09/06/2015

Soul Sisters, Stand Up!

Sortie le 17 juillet 2012, Skratch Bastid & The Gaff réalisent une compilation de 80 minutes dans un mélange de soul, funk, rhythm & blues... 100% artistes féminines des années 60 et 70.

 


Disponible en cd en en digital (en 2 volumes)

Volume #01

Volume #02

plus d'infos : Soul Sisters, Stand Up!

26/05/2015

Johnny Otis & more...

  
Souvent pris pour un afro-américain à la peau claire, John Veliotes est en réalité un Californien d'origine grecque, né le 28 décembre 1921 dans la région de San Francisco.
Dans l'Amérique de l'entre-deux-guerres où l'on a tendance à parquer "les métèques" les méditerranéens comme la famille Veliotes, dans les quartiers noirs, Johnny se découvre une passion pour le swing.
A la fois arrangeur, batteur, vibraphoniste, animateur radio, producteur et auteur-compositeur, celui que l'on a souvent baptisé le "parrain du rhythm & blues" devient après la guerre un chef d'orchestre recherché et un découvreur de talent incomparable à qui des personnalités aussi divers que les Robins (les futurs Coasters), Little Esther Phillips, Etta James, Little Willie John, Hank Ballard et Linda Hopkins doivent leur carrière. Le palmarès de ce personnage hors du commun ne s'arrête pas là puisque l'on retrouve son nom associé à l'histoire de classiques comme Pledging My Love, Hound Dog, Every Beat Of My Heart et Willie And The Hand Jive, sans même évoquer son rôle de pasteur, ses activités politiques ou encore la gamme de produits biologiques que cet écologiste convaincu commercialise.

Fils d'immigrants grecs, propriétaires d'une épicerie dans le quartier noir de Berkeley, John Veliotes est l'aîné de trois enfants dans une famille qui considère la morale et le travail comme des vertus premières.
Si son frère cadet, Nicholas, suit un tout autre parcours (devenu diplomate, il sera à une époque ambassadeur des Etats-Unis en Egypte), Johnny entre dans le jazz comme on entre en religion, au point de se revendiquer afro-américain au moment de l'adolescence et d'adopter son patronyme Otis -un prénom très usuel dans la communauté noire.
Initié à la batterie au lycée, il débute en 1939 avec les West Oakland House Rockers du pianiste Count Matthews et passe les premières années de sa vie de musicien professionnel à travers les états de l'ouest américain, passant du big band de Lloyd Hunter aux Rockets de Harlan Leonard. Ami de Lester Young, il privilégie dans un premier temps le jazz pur mais son amour pour le blues l'incite à écouter de plus en plus attentivement les goûts du grand public afro-américain de Los Angeles où il s'est installé en 1943.

Deux ans plus tard, Johnny Otis est à la tête de son propre orchestre au Club Alabam, haut-lieu de la culture noire sur Central avenue. Déjà sollicité comme batteur de studios sur des séances de Wynonie Harris (Around The Clock) et de Charles Brown (Drifting Blues), il fait vivre la tradition des bigs bands swing d'avant-guerre en enregistrant pour Excelsior quelques faces avec Jimmy Rushing, ainsi qu'une version de Harlem Nocturne qui fait connaitre sa formation à travers le pays. En 1947, la popularité grandissante de ce qui s'appellera bientôt le rhythm & blues lui donne l'idée de réduire son orchestre pour prendre la direction d'une formation ramassée, inspirée de celles de Joe Liggins ou de Roy Milton. Le blues et le boogie-woogie sont désormais à l'honneur dans le nouvel orchestre de Johnny Otis qui ouvre en plein cœur du ghetto de Watts un club baptisé le Barrelhouse.

Wynonie Harris - Around The Clock (part.01)

Charles Brown - Drifting Blues

Johnny Otis - Harlem Nocturne


Cette transition vers l'univers des boîtes de nuit joue un rôle primordial dans la carrière d'Otis qui profite de sa position pour découvrir des artistes prometteurs lors de talent shows réputés. Dans un premier temps, cette politique lui permet d'ouvrir sa formation à la pianiste Devonia Williams, au guitariste Pete Lewis ou encore au chanteur Joe Swift avec lequel il obtient pour Exclusive son tout premier hit à la fin de 1948, That's Your Last Boogie.

Joe Swift - That's Your Last Boogie

L'année suivante permet à Otis d'enrichir sa collection de découvertes avec l'arrivée des Robbins, de Little Esther Phillips ou encore du chanteur de charme Mel Walker, qui participent tous à l'explosion de la carrière du Johnny Otis Orchestra en 1950. Et en l'espace de cette seule année, pas moins de neuf de leurs enregistrements "Savory et Regent" s'inscrivent dans le Top10 noir, dont Double Crossing Blues, Mistrustin' Blues et Cupid's Boogie à la place d'honneur. Sans être aussi fertiles, les années 1951 et 1952 donnent à Otis six nouveaux best-sellers qui mettent en valeur la voix de Mel Walker, parmi lesquels Rockin' Blues, Gee Baby et Call Operator 210.

Johnny Otis Orchestra - Double Crossing Blues


Johnny Otis Orchestra - Mistrustin' Blues

Johnny Otis Orchestra - Cupid's Boogie

Johnny Otis Orchestra & Mel Walker - Rockin' Blues

Johnny Otis Orchestra & Mel Walker - Gee Baby

Johnny Otis Orchestra & Mel Walker - Call Operator 210


A ceux qui s'imagineraient que son étoile est en train de pâlir, Johnny Otis apporte le démenti le plus formel en acceptant de servir de rabatteur à diverses compagnies comme King à Cincinnati pour laquelle il déniche Hank Ballard et ses Royals à Detroit. Pour Don Robey et Duke/Peacock à Houston, il grave sous son nom quelques 78-t mais c'est surtout en tant qu'accompagnateur qu'il se fait remarquer en apportant Hound Dog à Big Mama Thornton et en participant à des séances de Little Richard et de Johnny Ace (Pledging My Love), avant de découvrir Etta James à San Francisco dont il produit les débuts très controversés sur Modern à la fin de 1954, Roll With Me Henry.

Big Mama Thornton - Hound Dog

Johnny Ace - Pleding My Love

Etta James - Roll With Me Henry

A Los Angeles, il continue à inviter les débutants à faire leurs preuves chaque semaine sur la scène du Barrelhouse, animant à cette occasion une émission de radio très écoutée par la population afro-américaine du sud de la Californie. 


Malgré la création de son propre label Dig, Otis ne parvient pourtant pas à retrouver lui-même les charts, jusqu'à ce que son ami Nat "King" Cole lui ouvre les portes de Capitol en 1957. Profitant de la mode du rock'n'roll, il inaugure son contrat en 1957 avec Ma He's Making Eyes At Me, un titre humoristique, interprété par Marie Adams et les Three Tons Of Joy, qui finit sa course à la deuxième place des classements anglais, mais c'est grâce à Willie And The Hand Jive qu'il opère son retour dans les premières places des charts R&B américains en 1958 et découvre pour la première et unique fois de sa carrière le Top10 Pop. 

Marie Adams & Three Tons Of Joy - Ma He's Making Eyes At Me

Johnny Otis - Willie And The Hand Jive
 

En cette époque où le rock'n'roll est porteur d'une forte charge sulfureuse, le mystère qui entoure l'expression hand jive -référence à une danse rythmée par les mains, propre à l'Amérique noire- suscite bien des suspicions chez les parents les plus puritains, à l'agacement de Johnny Otis : "A l'époque, les gens voulaient savoir s'il ne s'agissait pas de masturbation, hésitant même à passer le disque à l'antenne. Ce genre de réaction raciste, selon laquelle tout ce qui est lié à la culture noire est en rapport avec le sexe, me mettait très en colère".

Davantage que le rock'n'roll, c'est la montée de la lutte pour les droits civiques des Afro-américains qui concerne désormais Otis, prompt à prendre sa place dans ce combat en commentant les émeutes de Watts dans son livre Listen to the Lambs, ou en devenant le secrétaire parlementaire du Représentant démocrate Mervin Dymally. 


S'il continue à partir en tournée à la tête de son orchestre, ses émissions de radio et de télévision à Los Angeles lui permettent de concilier ses activités musicales avec la politique. En studio, il accompagne Johnny "Guitar" Watson sur certaines de ses faces sur King et s'amuse lui-même à enregistrer une série de titres grivois pour Kent sous le pseudonyme de Snatch & The Poontangs. Son retour sur le devant de la scène a lieu en 1970 lorsque la firme Epic enregistre le Johnny Otis Show lors de son passage au festival de Monterey, avec à l'affiche la crème des acteurs du rhythm & blues d'après-guerre : Big Joe Turner, Eddie Vinson, Roy Milton, Esther Phillips et Ivory Joe Hunter, sans oublier Shuggie Otis, le fils de Johnny, en passe de devenir un guitariste majeur de son temps. Le succès de Live at Monterey lui ayant ouvert les portes des grands festivals européens, Johnny Otis reste fidèle à sa vocation en portant la bonne parole du rhythm & blues à travers le monde, tout en tentant de développer sous le label Blues Spectrum une collection d'albums conçus pour aider des pionniers oubliés comme Roy Milton et Louis Jordan.

Snatch & The Poontangs - It's Good To Be Free

The Johnny Otis Show - Maggie's Boogie (live)
 

Lors de la sortie de The New Johnny Otis Show sur Alligator en 1981, Otis partageait son temps entre ses émissions de radio et de télévision, la gestion d'une compagnie de produits bios, l'organisation annuelle du "Red Beans and Rice Family Festival" et la "Landmark Community Church" dont il assurait le pastorat dans le quartier de South Central à Los Angeles. Depuis, il a voulu prendre du recul en s'installant avec sa femme à Sebastopol dans le nord de la Californie où il passe le plus clair de son temps à peindre, à sculpter et à cultiver ses pommes bios quand il ne fait pas le tour du monde à la tête du Johnny Otis Show.


Et c'est le 17 janvier 2012 que Johnny Otis décèdera laissant derrière lui de nombreux orphelins, tant pour les musiciens qui lui doivent beaucoup que tous ceux qui aiment le rhythm & blues.

source : Encyclopédie du Rhythm & Blues et de la Soul (Fayard - 2002)


Johnny Otis (official)


Vidéos







The Black Sunday Live #17 // Live at Monterey Jazz Festifal (1970)